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La productivité du vignoble est un paramètre fondamental du pilotage d’une exploitation. En effet, les charges fixes sont très importantes en viticulture (foncier, matériel, bâtiments, entretien des parcelles) et le rendement est le principal diviseur de ces coûts par hectare, définissant si l’entretien d’une parcelle est bénéficiaire ou déficitaire. Bien évidemment, le rendement permettant d’atteindre l’équilibre économique varie en fonction de la structure des exploitations (taille, valorisation, cru…). L’estimation de la productivité et l’analyse de ses déterminismes sont donc intéressantes à l’échelle de l’exploitation, pour appréhender l’évolution de sa production et de sa rentabilité. Elle l’est aussi à l’échelle de la région, afin d’évaluer sa capacité à fournir les marchés.
Productivité du vignoble : faites le diagnostic de votre exploitation !
05/07/2019

Évolution des structures de production et fluctuation des rendements
© Stéphane CHARBEAU - Cognac
© Stéphane CHARBEAU - Cognac
Une étude d’envergure a été conduite au deuxième semestre 2018 par le BNIC et le cabinet BIPE, afin de répondre à deux questions :
  • Quels sont les leviers efficaces d’amélioration de la productivité ? Et par là, quels sont les axes de travail prioritaires pour améliorer la productivité ?
  • Comment évoluera la productivité régionale à moyen terme en fonction de différents scénarios d’évolution du vignoble ? Et quelle sera son incidence sur le Business Plan de la filière ?
Afin de bien appréhender l’évolution de la productivité, il faut avant tout définir le système de production « Cognac ». En 2019, celui-ci se compose d’environ 4.200 exploitations, comprenant environ 79 000 ha en production (taille moyenne = 19 ha). Ce système est en évolution constante, avec un phénomène de concentration important : les petites exploitations (< 10 ha) représentaient 50 % des déclarants en 2008, seulement 37 % dix ans plus tard. En 2018, 50 % du vignoble est exploité par des structures de plus de 30 ha (contre 33 % en 2008).
Les rendements, quant à eux, varient encore plus d’une année sur l’autre, en particulier en raison du climat et notamment des accidents climatiques. L’exemple des années 2017 et 2018 est parlant ; le rendement moyen régional passant de 89 hl/ha à 129 hl/ha sans que la structure des exploitations ait radicalement changé.
L’essentiel du travail consiste donc à s’affranchir des effets conjoncturels (aléas climatiques, effet millésime…) pour définir les causes structurelles de la productivité.
Définir les facteurs de la productivité Afin de répondre à cette question, plusieurs sources de données ont été mobilisées : déclarations de récolte, résultats d’observations et d’essais de la Station Viticole…
Celles-ci n’étant pas suffisantes pour apporter une réponse sur tous les déterminismes potentiels, une enquête a été conduite auprès des viticulteurs au cours de l’été 2018. Les nombreuses questions posées visaient à récolter des données qui n’existaient pas dans les bases de données du BNIC. 514 exploitants ont répondu à cette enquête (soit environ une exploitation sur huit). Ce très bon taux de retour montre que la productivité est une préoccupation importante pour les exploitants charentais. Merci à ceux qui ont participé à cette enquête ; leurs données ont été précieuses dans la conduite du projet. L’analyse de cette grande quantité de données met en évidence l’importance de l’entretien du vignoble dans l’évolution de la productivité. D’autres caractéristiques des exploitations qui, spontanément, peuvent sembler impactantes (taille de l’exploitation, âge de l’exploitant, cru, niveau de spécialisation en viticulture…) ne sont pas explicatives de la productivité des exploitations.
Ainsi, l’essentiel du travail s’est concentré sur l’évolution de la productivité comparée à celle des taux d’agrandissement du vignoble, ainsi que des taux de renouvellement et d’entreplantation, dont l’intérêt sur la productivité est évoqué dans UgniC n°36.

Des données historiques sur une longue série temporelle ont été recueillies via les déclarations de récolte et les observations de la Station Viticole. Leur analyse a permis de définir l’impact de ces pratiques sur la productivité du
vignoble.
Les données issues de l’enquête ont aussi été mobilisées. Celles-ci montrent une accélération nette du taux de renouvellement au tournant des années 2010. Elles montrent aussi qu’une accélération du taux de renouvellement entraîne une augmentation de la productivité sous forme d’une « onde », dont le maximum de gain s’exprime au bout de 8 ans. Ainsi, les exploitations ayant amorcé une augmentation du taux de renouvellement en 2010 en récoltent aujourd’hui les fruits, et l’effort de rajeunissement consenti ces dernières années devrait se ressentir encore pendant plusieurs récoltes.

L’identification des déterminismes de la productivité a permis la mise au point de deux outils de simulation : un outil de « filière » permettant le pilotage du Business Plan et un outil de « diagnostic individuel » à destination de tous les ressortissants du BNIC.
Outil filière de simulation de l’évolution de la productivité : une avancée pour la définition du potentiel de production régional Le Business Plan de la filière a besoin, pour fonctionner, des rendements agronomiques et de la production globale de Cognac à moyen terme. Dans le cadre de cette étude, un outil a donc été développé afin de définir ces deux valeurs simulées à horizon 2033, à partir de données d’entrée fournies par la famille de la viticulture : objectifs de renouvellement, objectifs d’entreplantation et survenue de phénomènes climatiques extrêmes. Il permet aussi, par comparaison avec les perspectives « marchés », de déduire un rendement et un taux d’agrandissement nécessaires à la réalisation des objectifs du Business Plan. Les besoins en plants et en main d’oeuvre qu’impliquent les scénarios définis sont également quantifiés, et peuvent constituer des « alertes ». Il conviendra que ces besoins soient satisfaits pour espérer atteindre les objectifs.
Outil d’autodiagnostic « prospective vignoble » à destination de tous les ressortissants Les enseignements de cette étude peuvent aussi être utilisés dans le pilotage des exploitations. Un outil a donc été développé afin que chaque ressortissant puisse faire l’état des lieux de ses pratiques d’entreplantation, d’agrandissement et de renouvellement, mais aussi mesurer l’impact de sa stratégie sur le potentiel de productivité futur de son vignoble (voir page 38).
Après s’être connecté avec ses identifiants e-bnic, il suffit de remplir un questionnaire rapide (13 questions, moins de 5 minutes) portant sur les pratiques de renouvellement- agrandissement-entreplantation de l’entreprise, sur l’âge du vignoble de l’exploitation et l’impact des phénomènes climatiques extrêmes au cours des dernières années. Les données de ce questionnaire peuvent être stockées en tant que « scénario type » (et agrégées à l’échelle régionale par le BNIC) ou servir pour faire des « simulations libres ». Deux onglets de résultats permettent de visualiser la situation actuelle et une projection à 2030.
L’onglet « état des lieux » permet de comparer les taux d’entreplantation-agrandissement- renouvellement de l’exploitation à ceux constatés sur le bassin Cognac. Il compare aussi la pyramide des âges de l’exploitation à la pyramide des âges estimée du vignoble. Il compare enfin la production en alcool pur des 5 dernières années à celle du bassin, en faisant apparaître les pertes dues aux phénomènes climatiques sur l’exploitation. L’onglet « horizon 2030 » permet de comparer les mêmes indicateurs de taux d’entreplantation- agrandissement-renouvellement prévus par l’exploitant à ceux attendus pour le bassin. En fonction du taux de renouvellement envisagé, il donne aussi une projection de la pyramide des âges du vignoble de l’exploitation en 2030, comparée à celle du bassin.
Enfin, il donne une valeur indicative de l’évolution du potentiel de production, en fonction des pratiques passées et prévues par l’exploitant. Il est donc possible de définir comment les choix d’évolution de ces différents indicateurs permettront à l’exploitation d’améliorer ou non sa productivité par rapport à celle du bassin.

Cette nouvelle approche de la question de la productivité, mettant en oeuvre les données collectées via les déclarations de récolte et l’enquête, en plus des données expérimentales de terrain a donc permis de quantifier l’influence de certaines pratiques culturales sur la productivité. L’influence prépondérante du nombre de pieds productifs a été confirmée (cf. UgniC n°36). Cette nouvelle étude a permis la mise au point de deux outils.
L’outil interprofessionnel permettra de fiabiliser le Business Plan de la filière en étayant les prévisions de rendements et de production de Cognac à moyen terme. Il permettra aussi d’élaborer des stratégies permettant de réaliser les attentes du Business Plan, et d’estimer l’impact de certains changements (pratiques, aléas climatiques) sur la productivité régionale.
L’outil individuel permettra à tout ressortissant d’évaluer l’impact de ses choix techniques sur le potentiel de productivité futur de son exploitation. Les valeurs agrégées permettront d’améliorer la connaissance régionale de gestion des parcelles et d’anticiper les choix futurs des exploitants. Ces données pourront servir de base de travail pour définir les données d’entrée du Business Plan, et donc de fiabiliser l’outil collectif. Ainsi, plus les utilisateurs de l’outil individuel seront nombreux, plus la connaissance globale, à l’échelle de l’exploitation ou de la région, sera importante et plus les décisions seront prises sur des bases solides.




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  • Article rédigé par les ingénieurs de la Station viticole du BNIC


    Source : BNIC; UGNIC

    Contact, renseignements
    Myriam PRODHOMME
    BNIC - Station viticole
    +33 (0)5 45 35 61 32
    mprodhomme@bnic.fr
    Malgré l’attention portée à la rédaction et à l’actualisation de cet article, compte tenu de la fréquence des changements réglementaires, le Bureau National Interprofessionnel du Cognac ne peut assumer aucune responsabilité, directe ou indirecte, du fait des informations qui y sont contenues, des erreurs et des omissions. Ces informations sont de nature à évoluer.

     

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