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Une prévision de récolte précise et précoce intéresse l’ensemble de la filière du Cognac : viticulteurs, négociants, professionnels connexes (tonneliers, chaudronniers, prestataires de service…). Cet article vous présente la méthode de prévision de la production moyenne du vignoble de Cognac utilisée chaque année par le BNIC.
Prévision de récolte
10/10/2019

Prévision dans le vignoble de Cognac
Tout d’abord, il est important de préciser l’objet de la prévision. Les déclarations de récolte saisies par le BNIC fournissent chaque année le bilan de la campagne écoulée, soit le rendement en hl/ha du vignoble en « cépages Vins Blancs Cognac (VBC) », ainsi que le rendement et le TAV moyen de la part affectée au Cognac. La méthode du BNIC permet uniquement de prévoir le rendement du vignoble VBC (récolte sur pied pour l’ensemble des parcelles). En effet, la répartition entre « Cognac » et « autres débouchés » résulte de l’affectation des parcelles, selon les choix effectués par chaque exploitation.

Les méthodes utilisées sont essentiellement des méthodes classiques par comptage et échantillonnage sur un réseau de parcelles. D’autres méthodes furent testées par le passé : forçage des bois, mesure de réserves… Elles ont vite été abandonnées compte-tenu de leur très mauvaise précision. Un réseau de 55 parcelles d’ugni blanc est donc suivi par le BNIC depuis 1979. Régulièrement, certaines vieilles parcelles sont arrachées et remplacées par de très jeunes. Ainsi, toutes les classes d’âge du réseau sont représentées et l’on obtient un âge moyen calqué sur celui du vignoble. Ces parcelles sont réparties dans les différentes zones du vignoble en fonction de la densité de vignes. Elles sont représentatives des pratiques culturales dans leur tendance moyenne et dans leur diversité : porte-greffe, densité, modes de conduite… (figure 01).

Chaque printemps, les grappes sont comptées sur deux placettes par parcelle. À partir de la véraison, les ingénieurs et les techniciens du BNIC prélèvent, chaque semaine, 20 grappes par parcelle. Le réseau est divisé en trois circuits d’environ 250 km chacun. Les préleveurs, formés à l’échantillonnage de grappes, changent de circuit d’une semaine à l’autre afin de lisser un éventuel effet « préleveur ». Ces prélèvements permettent d’obtenir le poids des grappes (mesuré sur 1 100 grappes par semaine), l’état sanitaire global du vignoble et les caractéristiques des moûts (degré, acidité) pour éclairer les conseils de récolte.

Les prévisions sont fondées sur des modèles de régression qui donnent la correspondance entre les indicateurs mesurés (nombre de
grappes, poids des grappes) et les données de production réelles issues des déclarations de récolte. Ainsi, la méthode n’est pas fondée sur un calcul d’estimation du rendement classique (nb de grappes x poids des grappes x rendement en jus), mais sur une estimation de l’écart de valeur des indicateurs par rapport aux années passées. C’est donc la somme des données collectées par le passé qui permet une prévision efficace, et le réseau s’enrichit chaque année de données nouvelles.

Cette méthode permet de prévoir le potentiel de la récolte dès le comptage de grappes du printemps, mais avec une forte incertitude (de l’ordre de 20 %). Cette dernière est liée à la variabilité du poids des grappes, et aux pertes liées à des évènements climatiques extrêmes, impossibles à anticiper (grêle par exemple). Quand le poids des grappes est connu à la véraison, l’incertitude tombe à 10 % environ. On peut faire une première estimation du rendement dès la véraison. Le grossissement des grappes post-véraison est peu variable d’une année à l’autre, malgré les différences de climat et, par conséquent, il n’impacte que très peu la prévision.

En revanche, la prévision du TAV, indispensable pour une prévision du rendement en alcool pur, est quasiment impossible jusqu’à
l’approche des vendanges. Même au début des vendanges, la mesure du TAV moyen des premiers raisins récoltés ne permet pas de prévision précise du TAV moyen final des vins affectés au cognac, car l’effet des conditions climatiques est majeur pendant les vendanges. Le retour d’informations des exploitations appartenant au réseau permet de compiler des données en temps réel et de connaître assez finement les rendements en volume et en alcool pur réalisés, sans attendre le traitement des déclarations de récolte.

Les prévisions du BNIC sont largement diffusées via les contrôles maturation mis en ligne sur le site internet du BNIC.

Prévision par mesure pollinique
©BNIC
©BNIC
En parallèle de la méthode classique par comptage et prélèvements, une autre méthode de prévision de rendement est utilisée depuis 1987.

Il s’agit de la mesure des émissions polliniques du vignoble pendant la floraison. Un capteur de pollen, couplé à un anémomètre, permet de mesurer la quantité de pollen de vigne émise au cours de la floraison.

Cette méthode intègre le nombre et la taille des grappes, la qualité de la nouaison, ainsi que le potentiel de grossissement des baies.

Cependant, l’imprécision de la prévision reste importante et elle n’est utilisée qu’en complément des informations issues des comptages sur le réseau.
Évolutions envisagées : vers une prévision plus précise et plus précoce
Dans une dynamique d’amélioration continue des services rendus à la filière, la profession souhaite que le BNIC améliore les prévisions, en précision et en anticipation. À titre d’exemple, les prévisions affichées par le BNIC en 2018 (environ 110 hl/ha) ont sous-estimé d’environ 10 % le rendement réel (123 hl/ha sur vignoble VBC). Cet écart n’a rien d’anormal par rapport à la précision du modèle, mais représente malgré tout des volumes de vin importants, et cette prévision est l’une des plus éloignées du réalisé de ces 15 dernières années (figure 02).

Un travail est donc engagé en 2019, consistant dans un premier temps en une revue bibliographique des méthodes utilisées dans les vignobles français et internationaux, et des prises de contact avec les structures actives sur cette question.

Ce travail a permis de mettre en évidence que les méthodes classiques restent les plus utilisées et les plus fiables. Les méthodes prospectives telles que la télédétection, le traitement d’images, et l’utilisation de capteurs divers ne sont pas encore suffisamment au point pour être opérationnelles, et donnent des écarts bien plus importants. Plusieurs d’entre elles permettent de bien approcher la vigueur, mais mal le rendement, en raison du lien trop lâche entre rendement et vigueur. Les méthodes identifiées comme ayant le meilleur potentiel seront toutefois expérimentées par le BNIC.

Chaque année, la mise en commun de résultats issus des différents réseaux régionaux qui traitent de la prévision de rendement permettra de bénéficier du maximum d’informations et de réduire l’incertitude, mais ces réseaux sont encore peu nombreux et utilisent leur propre méthode.

Si l’écart est difficile à réduire, une marge de progrès existe en ce qui concerne l’anticipation. De nouvelles méthodes seront mises en place pour réduire plus précocement les incertitudes et donner le maximum de fiabilité plus tôt dans la saison.

En conclusion, la prévision régionale réalisée par le BNIC est perfectible (précision, anticipation, sectorisation…) mais fournit déjà des données utiles dans le contexte d’une demande forte de la filière.

PRÉVISION DE RÉCOLTE À L’ECHELLE D’UNE EXPLOITATION
La même méthode que celle utilisée par le BNIC peut être appliquée à l’échelle d’une exploitation :
– estimation du nombre de grappes par échantillonnage sur quelques points ;
– prise en compte des pieds manquants :
• soit en comptant sur des placettes aléatoires qui peuvent contenir des pieds manquants,
• soit en comptant sur des pieds présents, mais en défalquant le taux de pieds manquants de la densité de ceps/ha ;
– pesée des grappes ou prévision d’après un poids de grappe moyen.

Attention : un calcul réalisé « dans l’absolu » (estimation = nb de grappes x poids des grappes x rendement en jus) risque de surestimer très fortement le rendement réel (d’environ 30 %), à cause de nombreuses pertes possibles : filage, dessèchement de grappes sur les pieds atteints de maladies du bois, perte par la machine à vendanger…
Par conséquent, il est conseillé :
– soit d’apporter un facteur correctif d’environ –30 % ;
– soit de réaliser des comptages pendant plusieurs années, et les comparer aux rendements effectivement réalisés sur l’exploitation. Cette solution consiste en un raisonnement « en relatif » et non « dans l’absolu », et semble être la meilleure pour une prévision précise.

Des prélèvements de grappes ou de baies en cours de maturation ont par ailleurs l’intérêt de fournir des données sur la maturation et l’état sanitaire pour organiser les vendanges.

Article rédigé par les ingénieurs de la Station viticole du BNIC


Contact, renseignements
Myriam PRODHOMME
BNIC - Station viticole
+33 (0)5 45 35 61 32
mprodhomme@bnic.fr

 

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