Imprimer la page Retour

WebForm
Le Plan National de lutte contre les dépérissements du vignoble a donné une dynamique nouvelle aux programmes français de recherche sur les maladies du bois. Le champ des recherches s’est considérablement ouvert, les maladies du bois étant identifiées comme une des causes possibles du dépérissement du vignoble, considéré comme un processus complexe mettant en oeuvre un ensemble de facteurs affectant la productivité et la longévité du vignoble.
Maladies du bois et dépérissement : une forte dynamique de recherche pour préparer l'avenir
14/11/2018

Un appel à projets de recherche doté de 3 millions d’euros d’aides (50 % de la profession au travers du CNIV, 50 % de l’État) a été lancé en 2017, puis renouvelé en 2018 pour un montant de 1,5 million d’euros. Piloté de façon concertée par l’État (FranceAgriMer) et les Interprofessions viticoles (CNIV), cet appel à projets montre la volonté de la filière française de se saisir de son avenir et d’être, sur ce sujet, un interlocuteur à part entière de la communauté scientifique. Le « Plan National Dépérissement du Vignoble » soutient donc aujourd’hui de nombreux programmes de recherche sélectionnés et pilotés par un Comité scientifique, auquel le BNIC participe.

Figure 1 : les axes du programme de recherche - © PNDV

Ces programmes sont structurés autour de cinq axes, permettant une approche intégrée du processus de dépérissement (figure 1 ci-dessus). Les maladies du bois, facteur particulièrement important du dépérissement dans le vignoble de Cognac, sont étudiées au travers de nombreux programmes, mettant en oeuvre des moyens scientifiques puissants et à la pointe.

L’initiative privée contribue également fortement à cette recherche indispensable à l’avenir du vignoble.

LE PROJET GTD FREE HENNESSY : LUTTER CONTRE LES MALADIES DU BOIS DE LA VIGNE
Le programme GTD Free, mené par l’INRA et Bordeaux Sciences Agro, est financé par la société Jas Hennessy & Co avec le soutien de l’Agence Nationale de la Recherche.

En complément d’une meilleure connaissance des facteurs de développement des maladies, il vise à proposer une stratégie de protection agroécologique du vignoble intégrant la conception d’itinéraires techniques vertueux, le biocontrôle et l’amélioration génétique. L’ambition est d’apporter des solutions généralisables au vignoble cognaçais mais également à l’ensemble du vignoble français et international. Sur la période 2016-2020, ce projet mobilisera un collectif de 25 chercheurs, ingénieurs et techniciens sur des travaux de recherche fondamentale et appliquée, mais également autour d’actions de formation des professionnels.

Les premiers travaux de terrain ont consisté dans la mise en place de deux parcelles de démonstration au sein du vignoble Hennessy : l’une permet de tester trois modes de taille, l’autre trois modes de greffage. Un travail sur le recépage préventif est également mené en collaboration avec le BNIC. En parallèle, deux thèses ont été lancées en 2016.


Mieux visualiser et comprendre les maladies du bois Les symptômes des maladies du bois sont difficiles à relier à la présence des champignons pathogènes, car ils ne s’extériorisent pas de la même manière en fonction des années. Le projet VITIMAGE (IFV Montpellier) adapte sur la vigne des outils non destructifs très utilisés en santé humaine (imagerie, IRM, rayons X) pour observer « in vivo » les interactions entre la plante et les pathogènes responsables des maladies du bois (figure 2 ci-dessous).

Figure 2 : programme VITIMAGE : des techniques d'imagerie pour étudier les maladies du bois - © IFV C. Moisy


Il permettra d’étudier la propagation des champignons dans le bois, de détecter et diagnostiquer ces maladies, d’évaluer la tolérance des cépages ou l’efficacité de nouvelles molécules de lutte ou d’agents de biocontrôle. Ce projet interagit avec le programme PHYSIOPATH (INRA Bordeaux) qui étudie ce qui se passe à l’intérieur du cep de vigne lorsqu’il extériorise des symptômes foliaires, des dessèchements, et qu’au final il meurt sous l’action de pathogènes ou du stress hydrique. Les premiers résultats obtenus en observant les vaisseaux de la vigne aux rayons X suggèrent un lien entre le dépérissement et un dysfonctionnement hydraulique de la vigne.

Ces travaux bénéficient également de l’expérience de chercheurs qui travaillent sur les dépérissements de la forêt. Ainsi, le projet TRADEVI va se baser sur les techniques de dendrochronologie (étude de la taille annuelle des cercles de croissance), pour reconstituer l’itinéraire de parcelles en identifiant les périodes ou évènements qui ont conduit au dépérissement et à la mort des ceps.

Utiliser les résistances naturelles de la vigne L’Ugni blanc fait partie des cépages les plus sensibles à l’Eutypiose et à l’Esca. La piste de la résistance de la vigne aux maladies du bois est explorée par le programme TOLÉDÉ (INRA Montpellier). Partant du constat que tous les cépages ne sont pas égaux face aux maladies du bois, ce projet cherche à mettre en évidence les mécanismes permettant de limiter les impacts néfastes des champignons. Cette résistance provient-elle de propriétés intrinsèques du bois (composition chimique) ou de la capacité de certains cépages à élaborer des barrières limitant la progression des champignons ? La recherche des marqueurs de tolérance pourra demain accélérer et guider la sélection de nouveaux cépages tolérants. Ce programme lancé en 2017 est complété par le projet TEST EUTYPA, piloté par le BNIC et lauréat de l’AAP 2018.

VERS UN DIAGNOSTIC RAPIDE DE SENSIBILITÉ À L’EUTYPIOSE : PROGRAMME TEST-EUTYPA
L’un des projets lauréats de l’Appel à Projet 2018 est porté par le BNIC. Son objectif est la mise au point d’un test d’évaluation de la sensibilité de cépages ou clones de vigne à Eutypa lata, agent de l’Eutypiose, afin de faciliter leur sélection.

À ce jour, l’évaluation de la sensibilité des cépages au vignoble est très longue, peu fiable, et le plus souvent les dispositifs existants ne permettent pas une comparaison directe entre plusieurs cépages sur une même parcelle.

Un test in vitro simple, basé sur la mise en relation indirecte d’un fragment de feuille avec le champignon, mime la situation qui intervient dans le cep (figure 2). Le système employé permet d’étudier rapidement plusieurs cépages ou clones, à partir d’un référentiel établi sur la base de quelques cépages choisis pour leur sensibilité connue : Merlot (tolérant), Cabernet Sauvignon (intermédiaire), Ugni blanc (sensible).

Une fois la version « routine » de ce test finalisée, il sera appliqué à l’évaluation précoce de la sensibilité à Eutypa des nouveaux cépages résistants au mildiou et à l’oïdium sélectionnés par le BNIC, ainsi que de nouvelles accessions d’Ugni blanc.

Il sera également diffusé à la communauté scientifique pour caractériser d’autres cépages, mais également pour étudier les relations entre la plante et le champignon afin de trouver des solutions de lutte. Ultérieurement, le modèle de ce test in vitro pourrait être appliqué à l’étude de la sensibilité des cépages à d’autres champignons impliqués dans les maladies du bois, l’Esca en particulier.

Ce projet, prévu sur un an, est conduit en partenariat avec le CNRS-Université de Poitiers et l’UMT Genovigne INRA-IFV de Montpellier, qui assurera la coordination avec le projet TOLÉDÉ (lauréat du Plan National Dépérissement du Vignoble 2017 en cours de réalisation).


Se donner de nouveaux moyens d’action Ces programmes de recherche présentent également une dimension d’application, qui vise à explorer de nouvelles pistes de lutte au vignoble contre ces maladies. L’intuition du projet EUREKA (Université de Haute Alsace) est que la solution de lutte contre l’Esca viendra probablement du vignoble. Ce programme très proche du terrain (vignoble Alsacien), étudie l’utilisation sur vignes malades d’une approche originale d’endothérapie, c’est-à-dire d’injection dans le tronc, où se trouvent les pathogènes, de différentes molécules relevant ou non du biocontrôle. À cet aspect curatif s’ajoute un volet préventif d’étude de différentes techniques de greffage et de taille. Le projet LONGVI (IFV), auquel est associé le BNIC, cherche à mieux comprendre la longévité du vignoble pour l’améliorer : quelles sont les étapes qui expliquent la durée de vie d’une parcelle en présence de maladies du bois ? Quelles sont les étapes déterminantes (primo-contamination des plants, premières années d’implantation ou « vie adulte » de la parcelle…) et comment les maîtriser ? Vaut-il mieux arracher et replanter, complanter, recéper une parcelle dépérissante ? Ces connaissances permettront de bâtir des outils optimisés d’aide à la décision (OAD) pour la gestion du vignoble.
Vers une approche intégrée des dépérissements En 2018, l’élargissement de l’approche à l’ensemble des facteurs susceptibles de contribuer au dépérissement a fait réémerger des thématiques concernant notamment les interactions entre le sol et la plante.

HOLOVITI (INRA et Université Dijon) étudie « l’holobionte » de la vigne c’est-à-dire l’ensemble constitué par la plante et tous les microorganismes avec lesquels elle interagit, aussi bien dans ses parties aériennes (tronc, feuilles) que souterraines (racines). Les communautés de microorganismes peuvent être modifiées par une attaque de pathogènes, mais peuvent aussi influencer la réponse à cette attaque. L’objectif du programme est d’étudier ces communautés, et la manière dont elles diffèrent entre un cep sain et un cep dépérissant (maladies du bois, court-noué, causes physiologiques…). L’impact de la mycorhyzation sur la sensibilité de la vigne à l’agent principal du BDA sera notamment étudié. La finalité du projet est de développer des outils de diagnostic sanitaire des parcelles. En lien avec HOLOVITI, le projet VITIRHIZOBIOME (INRA Bordeaux) va concentrer ses recherches sur les microorganismes qui interagissent avec les racines : le rhizobiome. Une enquête de terrain tentera d’établir un lien entre le dépérissement et les caractéristiques des sols. Des essais seront également menés pour évaluer l’effet de l’apport de microorganismes bénéfiques (mycorhyzation) et de biostimulants, lors de la coplantation de parcelles dépérissantes.

EPIDEP enfin (INRA et Université de Bordeaux) aborde la question très prospective du rôle de l’épigénétique dans le dépérissement de la vigne. L’épigénétique étudie la mémoire à long terme, qui s’inscrit dans le génome des êtres vivants, et régule l’expression des gènes. Les chercheurs vont d’abord analyser les profils épigénétiques de vignes dépérissantes, et tenter de caractériser l’impact de stress récurrents (maladies du bois, sécheresse, traitements phytos…) sur ces profils, ainsi que la physiologie et le métabolisme de la vigne. L’objectif est d’établir des tests rapides permettant un diagnostic au vignoble avant l’apparition de ces symptômes.
Des recherches inscrites dans les ambitions du Plan National Dépérissement du Vignoble Les premiers résultats de ces programmes sont attendus à partir de 2019 (figure 3 ci-dessous). L’ensemble des résultats obtenus apporteront dans les prochaines années, les connaissances et solutions innovantes nécessaires pour aider la filière viticole dans sa lutte contre les dépérissements. Bien entendu, celle-ci passe également par les trois autres axes du Plan de lutte contre les dépérissements du vignoble, avec lesquels la recherche doit également interagir, en amenant des solutions nouvelles.

Figure 3 : les quatre ambitions du Plan National Dépérissement du Vignoble - © PNDV

Le viticulteur reste l’acteur clé de la lutte contre les dépérissements Dans le vignoble de Cognac, des groupes de « Mobilisation et Innovation Vigneronne », animés par les Chambres d’agriculture 16 et 17, font remonter l’innovation du terrain pour promouvoir l’évolution des pratiques : taille et conduite non mutilante de la vigne, dont elles diffèrent entre un cep sain et un cep dépérissant (maladies du bois, court-noué, causes physiologiques…). L’impact de la mycorhyzation sur la sensibilité maintien de la productivité (entreplantation, marcottage, recépage, curetage…), choix du matériel végétal, adaptation au changement climatique. La Station viticole du BNIC apporte son support scientifique et technique à ce programme : observatoire du vignoble, expérimentation de nouvelles pratiques, Outils d’Aide à la Décision…
La production des plants nécessaires à la filière La production de plants permettant de garantir en quantité et en qualité les besoins du vignoble constituent une autre ambition du Plan National de lutte contre les dépérissements du vignoble. À côté d’un partenariat de filière renforcé entre la pépinière viticole et la viticulture, la recherche se trouve là encore mobilisée pour améliorer la qualité des plants de vigne et la performance de leur processus de production en pépinière. Le programme ORIGINE, piloté par l’INRA de Bordeaux, a comme premier objectif d’améliorer la productivité de la filière pépinière en augmentant le taux de réussite au greffage, en sortie de pépinière, mais aussi à l’issue de la plantation.
La mise en place de réseaux d’observation du vignoble La mise en place de réseaux d’observation du vignoble constitue la troisième ambition du Plan. Aujourd’hui ce type de démarche concerne déjà tout particulièrement la lutte contre la flavescence dorée. Sur ce sujet, des programmes de recherche intégrant les sciences économiques et sociales sont également en cours. Le projet RISCA (IFV) sélectionné en 2018, s’intéressera au coût économique et environnemental de la lutte contre la flavescence dorée et testera des scénarios alternatifs de lutte collective. Il s’agit aussi d’analyser les dynamiques des populations de cicadelles et des foyers de la maladie dans les paysages viticoles et de tester de nouvelles méthodes de lutte limitant le recours aux produits phytosanitaires. Le programme CO-ACT (INRA Bordeaux) constate que si les connaissances sur la flavescence dorée sont relativement avancées, la maladie demeure difficile à éradiquer, voire même à faire reculer. Là encore, l’objectif est de mobiliser les connaissances pour une meilleure gestion collective de la flavescence dorée, à l’échelle des territoires.

La forte dynamique de recherche résultant de l’ensemble de ces programmes et de leurs nombreuses synergies, devrait faire avancer la compréhension des maladies de dépérissement dans les prochaines années. Elle permettra ainsi l’émergence de solutions nouvelles, innovantes et compatibles avec les impératifs environnementaux et sociétaux actuels.

    Pour suivre en direct l’actualité de tous ces programmes de recherche, mais également les autres actions du Plan National Dépérissement du Vignoble, consultez le site :

Article rédigé par les ingénieurs de la Station viticole du BNIC

Source : BNIC; UGNIC

Contact, renseignements
Myriam PRODHOMME
BNIC - Station Viticole
+33 (0)5 45 35 61 32
mprodhomme@bnic.fr
Malgré l’attention portée à la rédaction et à l’actualisation de cet article, compte tenu de la fréquence des changements réglementaires, le Bureau National Interprofessionnel du Cognac ne peut assumer aucune responsabilité, directe ou indirecte, du fait des informations qui y sont contenues, des erreurs et des omissions. Ces informations sont de nature à évoluer.

 

Imprimer la page Retour