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Une bonne stratégie d’entretien du sol de la parcelle de vigne doit concilier des objectifs multiples, tels que la production optimale de la vigne, le passage des engins, ou encore les services environnementaux ; le tout dans des conditions pédoclimatiques variables. Les techniques d’entretien du sol sont en pleine mutation.
La gestion du sol : une combinaison réfléchie de techniques
08/06/2018

La vigne palissée ne couvre pas totalement le sol (contrairement à des céréales par exemple), ce qui permet le développement important des adventices, dont il faut assurer un contrôle efficace. Une gestion du sol optimale doit donc à la fois permettre la bonne croissance de la vigne, un contrôle des adventices permettant de gérer leur concurrence, le passage des engins et du personnel, ainsi que le stockage et la libération d’éléments d’intérêts (matière organique, eau).

Si le désherbage tout-chimique a pendant un temps, constitué une méthode d’entretien du sol efficace et peu onéreuse, il n’est aujourd’hui plus compatible avec les attentes sociétales, et, ses conséquences sur l’environnement (la qualité de l’eau en particulier) ne sont plus à démontrer. Aujourd’hui, des alternatives au désherbage chimique sont déjà employées par une large majorité des viticulteurs du vignoble cognaçais où l’enherbement et le travail mécanique du sol supplante le désherbage chimique de l’inter-rang. Une bonne gestion du sol permet d’atteindre l’optimum technico-économique par une combinaison réfléchie de techniques.

Les différentes zones d’une parcelle de vigne doivent être gérées de manière différenciée, en fonction du rôle qu’elles jouent dans la conduite de la parcelle.
Les tournières : enherbement obligatoire et systématique
Le maintien d’un couvert végétal limite l’érosion et le ruissellement (protection des eaux). Il permet le passage des engins, constitue un réservoir de biodiversité, et participe à l’image positive d’une parcelle « propre ». Cet enherbement n’entraîne aucune concurrence pour la vigne, et doit donc être maintenu tout au long de l’année.

L’inter-rang : une gestion à raisonner
Sur une vigne « large » aux rangs espacés de deux ou trois mètres, tels qu’on les trouve en Charentes, l’inter-rang représente environ deux tiers de la surface de sol. La gestion du couvert végétal de l’inter-rang a donc une forte influence sur le comportement de la parcelle.

Le suivi de l’évolution de l’entretien de l’inter-rang sur le réseau de référence du BNIC entre 1995 et 2017 montre la quasi disparition du désherbage chimique des allées, supplanté par l’enherbement, souvent combiné au travail superficiel une allée sur deux..:



Les méthodes d’entretien de l’inter-rang
L’enherbement
L’enherbement de l’inter-rang a plusieurs avantages. Tout d’abord, il structure le sol et améliore l’activité biologique des sols, donne une meilleure portance (facilité de ré-entrée en période de traitements), limite l’érosion et le ruissellement. L’entretien par tonte est rapide et simple. Il ne nécessite pas de matériel complexe, ou de conducteurs d’engins « experts ». Enfin, il permet de maîtriser la vigueur des parcelles, réduisant le temps de taille et de tirage des bois, limitant la sensibilité aux maladies du bois, et améliorant la qualité des eaux-de-vie par la diminution des attaques de pourriture.

En revanche, il peut être concurrentiel pour l’eau et pour l’azote. Le niveau de concurrence est difficile à définir à priori dans le cas d’un enherbement naturel. Pour un enherbement semé, le choix de l’espèce (ou des espèces) permet en partie d’adapter la concurrence, mais il est plus complexe de réaliser un semis que de laisser monter une flore spontanée.

Le travail du sol
L’avantage principal du travail du sol est de limiter la concurrence de l’enherbement dans les sols ayant une faible réserve hydrique ou azotée. Il permet la structuration des premiers centimètres du sol et facilite l’infiltration de l’eau. L’alternance d’outils à dents ou de disques en cours de campagne permet d’adapter la vitesse de travail aux conditions climatiques et au développement des adventices.

Comparé à l’enherbement, le travail du sol est plus lent et plus soumis aux conditions météorologiques (ressuyage) car l’entrée des engins est compliquée en conditions humides et le risque de lissage est réel. Les parcelles travaillées sont en outre plus exposées à l’érosion, au ruissellement et, lors de printemps humides, à la chlorose.

Pour les parcelles travaillées, il est indispensable de prévoir une couverture hivernale du sol afin de limiter la potentielle fuite de nitrate au cours des pluies d’hiver. Cette couverture peut être obtenue en laissant spontanément monter les adventices en fin d’été, ou par semis de couverts hivernaux.

Méthode d’entretienAvantagesInconvénients
Enherbement
  • Structuration du sol
  • Améliore l’activité biologique
  • Meilleure portance
  • Limitation de l’érosion et du ruissellement
  • Mise en œuvre simple et rapide
  • Matériel facile à utiliser
  • Maîtrise de la vigueur
  • Peut-être concurrentiel (importance du choix de l’espèce)
  • nécessite du savoir-faire pour le semis
Travail du sol
  • Peu de concurrence
  • Structure les premiers centimètres du sol
  • Facilite l’infiltration d’eau
  • Mise en œuvre lente, soumise aux conditions climatiques
  • Exposé à l’érosion et au ruissellement
  • Risque de chlorose plus élevé


Changer l’entretien de l’inter-rang
Le passage d’un mode d’entretien à l’autre s’accompagne généralement de modifications du comportement de la vigne et doit s’opérer en douceur.

La reprise du travail du sol dans une parcelle désherbée chimiquement, entraîne la destruction des racines superficielles et peut générer, dans un premier temps, une perte de production. La profondeur de travail doit donc être augmentée progressivement.

Afin d’estimer la concurrence d’un enherbement lors de sa mise en place, il est recommandé de commencer par enherber un rang sur deux, puis d’adapter la surface enherbée après plusieurs années d’observation.

À titre d’exemple, le graphique ci-dessous représente le rendement de 4 modalités suivies depuis plus de 15 ans dans une parcelle de Juillac-le-coq (enherbées [enh] ou non [TS], avec apport d’azote [N60] ou sans [N0])


Les principaux enseignements de cet essai sont les suivants : l’enherbement peut être concurrentiel et limiter la production dans certaines situations (sol, porte-greffe), et les écarts sont assez stables dans le temps (on n’observe pas d’adaptation de la vigne). Les effets de la fumure azotée dépendent du mode d’entretien du sol : en enherbement, la fumure azotée remonte le rendement de façon nette, alors qu’elle n’a quasiment aucun effet sur le rendement en travail du sol. Enfin, il est à noter que les effets de l’entretien du sol et de la fumure azotée sont beaucoup plus marqués sur la vigueur que sur la production. Il est donc conseillé de se donner les moyens de bien connaître le rendement de ses différentes parcelles, et de ne pas piloter les pratiques uniquement d’après l’aspect du feuillage.


Le gel
L’entretien de l’inter-rang a une influence sur les gelées de printemps :
  • Le travail du sol bloque la radiation du sol et augmente donc les risques de gel (la couche travaillée isole les couches profondes qui contribuent positivement au bilan radiatif). Éviter de travailler le sol lors de la période de plus grande sensibilité au gel (avril).
  • L’enherbement, lorsqu’il est haut, réduit la radiation du sol, augmente l’humidité et limite le déplacement de l’air. Il faut tenir l’enherbement ras lors de cette même période.

Le cavaillon ou « dessous de rang »
Des observations montrent que les racines se localisent surtout sous le rang, plus encore pour les parcelles enherbées. Il est donc important de limiter la concurrence dans cette zone pour permettre une bonne alimentation de la vigne. Le maintien d’un cavaillon propre évite en outre les pertes lors de la vendange mécanique. Toutefois, l’entretien du cavaillon est compliqué par la présence des piquets et des ceps.

Ainsi, pour une grande majorité de parcelle, le cavaillon est désherbé chimiquement. Le désherbage chimique, rapide, peu cher et efficace, est à utiliser sur la stricte largeur du cavaillon et lorsque cela est nécessaire. La dose doit être adaptée à la surface traitée. Le retrait de molécules passé (glufosinate, amitrole) ou programmé (glyphosate) oblige à (re)penser les techniques de limitation de la concurrence sous le rang. De nouveaux produits avec un meilleur profil écotoxicologique font leur apparition sur le marché (acide pélargonique). Leur efficacité est très liée aux conditions climatiques lors de l’application ce qui rend leur utilisation techniquement plus compliquée que celle des herbicides « classiques ».

Le désherbage mécanique est la méthode alternative au désherbage chimique la plus utilisée. Il existe de nombreux outils dont le rôle est de perturber le sol entre deux pieds afin d’éliminer les adventices. Le type de sol a une influence sur leur mise en œuvre : elle est plus simple pour un sol sableux, les lames sont plus adaptées à un sol argileux… ce qui nécessite une réflexion par type de sol. L’inconvénient de cette méthode est la lenteur des travaux (les outils aujourd’hui disponibles doivent pouvoir s’effacer au niveau des ceps), et la technicité nécessaire pour régler l’appareil afin d’éviter l’arrachage des ceps ou les blessures des troncs. Le timing d’intervention est contraignant : il faut agir sur des plantes peu développées, lorsque le sol est ressuyé et en conditions sèches. Des systèmes de désherbage mécanique mettant en œuvre des robots sont actuellement testés. Ils pourraient être un moyen de pallier le problème de vitesse d’avancement.

D’autres méthodes sont aujourd’hui à l’essai :
  • désherbage thermique, à flamme nue, à base de vapeur, d’eau chaude… Ces systèmes agissent en contact uniquement et sont d’autant plus efficaces que les mauvaises herbes sont jeunes.
  • Enherbement sous le rang : la tonte est plus rapide que le désherbage mécanique, mais ce système semble trop concurrentiel, à la vue des premiers résultats.
  • Paillage : Des essais ont été menés avec divers substrats (paille, Miscanthus, copeaux de bois, dalles plastiques…). Les volumes et le temps de mise en œuvre sont importants pour assurer une bonne couverture, et le salissement peut revenir rapidement.

En conclusion, une bonne stratégie d’entretien du sol d’une parcelle de vigne doit concilier des objectifs multiples, tels que la production optimale de la vigne, le passage des engins, ou encore les services environnementaux ; le tout dans des conditions pédo-climatiques variables.

Ces techniques d’entretien du sol sont en pleine mutation. En effet, après une très forte percée de l’enherbement dans les années 90-2000 en partie due au contexte économique, c’est le retour ces dernières années à un enherbement un rang sur deux dans beaucoup de situations, et l’arrivée du développement spectaculaire des couverts hivernaux ces dernières campagnes. À l’avenir, c’est vraisemblablement l’entretien des dessous de rang qui sera bouleversé.


Couverts hivernaux
Depuis quelques années, les engrais verts en viticulture se développent très rapidement sur le territoire du Cognac, soutenu par le réseau Ecophyto, les semenciers, les coopératives et négoces agricoles. Ces couverts végétaux temporaires, semés avant l’hiver apportent les mêmes avantages que l’enherbement : structuration et stabilisation du sol, limitation de l’érosion, augmentation de l’activité biologique… Ils permettent en outre de capter les nitrates, augmentent la biodiversité (insectes et petit gibier) et concurrencent les adventices. Leur destruction restitue sous forme assimilable les éléments qu’ils ont puisé pour croître ainsi que ceux captés dans l’atmosphère, tel que l’azote par les légumineuses.


Le semis
Le semis des engrais verts est réalisé en général un rang sur deux, en semis direct ou à la volée. Un semis composé d’un mélange de graminées, de légumineuses et de crucifères apportant les bénéfices des uns et comblant les inconvénients des autres par complémentarité semble le plus judicieux. Ce type de semis nécessite toutefois l’utilisation d’un matériel adapté et un certain savoir-faire.
Type de flore et variété les plus utilisées en couvert végétal
Avantages
Les Céréales (avoine)
  • Système racinaire fasciculé structurant le sol
  • Apport de carbone
Les légumineuses (vesces, trèfles, féverole)
  • Fixation de l’azote atmosphérique
Les Crucifères (moutardes, radis)
  • Système racinaire fasciculé structurant le sol


La destruction*
La destruction du couvert doit être réalisée avant la floraison de celui-ci pour éviter tout risque de re-semis. Elle doit être réalisée une à deux mois avant la floraison de la vigne, selon la méthode choisie, pour permettre une minéralisation de la biomasse, et donc la libération de l’azote au moment où celle- ci en a besoin. Une destruction trop tardive créera une faim d’azote dans le sol du fait de la forte demande des microorganismes pour la minéralisation de la biomasse et rentrera en compétition directe avec la vigne.

(*Source : Ecophyto DEPHY CA17)


Article rédigé par les équipes vignoble et développement durable de la station viticole du BNIC

 

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